Conseil départemental de Maine-et-Loire : "un budget qui ne correspond pas à la situation"

Les conseillers départementaux sont réunis en assemblée plénière ces lundi 15 et mardi 16 février pour étudier et voter le budget 2021 de la collectivité. "Un budget dont les dépenses sont en forte hausse, incluant plusieurs propositions du groupe l’Anjou en action. Et pourtant, ce budget ne répond toujours pas aux besoins liés à la crise sociale, à la crise climatique ou encore au vieillissement de la population." Ci-dessous en intégralité, l’intervention introductive de Grégory Blanc, président du groupe l’Anjou en action, minorité départementale.


"Monsieur le Président,
cher-e-s collègues,

Ce dimanche 7 février, en dépouillant les 1 000 pages tout juste reçues de ce budget 2021, j’écoutais Jacques Brel. Loin de moi l’idée de vous embarquer ici dans une poésie superfétatoire, mais au moment de « la Valse », c’est apparu lumineux comme une évidence : la lecture de ce budget est une valse, avec 3 temps. Et il me semble utile de partager avec vous cette allégorie tant elle illustre notre approche.

Au 1er temps de la valse, on se lance, on se regarde, on se laisse prendre. Dans ce Budget, chapitre après chapitre, on voit enfin apparaître des propositions que nous formulons depuis longtemps, quelquefois même avant le début de ce mandat. Alors on lit, on tourne les pages, on sourit, on espère et on se dit « enfin ! ». Ce sont les temps d’échanges « philo » avec les collégiens que nous évoquions déjà lors des attentats de 2015 sentant le besoin d’expression sur des sujets complexes avec des jeunes qui quelquefois ne trouvent pas les mots. S’écouter, se comprendre, avec cette crise que nous traversons, il y a toujours cette urgence à déployer ces innovations. De même : l’ouverture de l’aide sociale pour nos aînés en Résidence Autonomie, l’augmentation du budget des pompiers, la baisse de l’enveloppe du Président et le renvoi des débats dans les commissions pour que les aides s’inscrivent dans un cadre plus démocratique, … à ce budget, on voit aussi -là encore enfin ! - le déploiement de ces nouveaux dispositifs pour renforcer le dialogue dans les familles d’enfants placés sur décision de justice, etc. On tourne les pages. Oui, « c’est troublant, c’est charmant », comme au 1er temps de la valse.

Mes collègues et moi sommes des réformistes, pour beaucoup ayant démarré dans le syndicalisme. Alors quand ça avance, même à quelques semaines des élections, et peu importe les intentions réelles qui président à ces décisions, nous : on prend ! Nous sommes pragmatiques. Certes cela fait 6 ans qu’on attend, qu’on propose, 6 années qui auraient pu être utilisées pour être plus efficace. Mais pour nous, pas question d’entrer dans des postures : quand on pousse et que ça avance, on prend !

Puis arrive le 2è temps de la valse, celui où « on compte, un, deux et trois ». On compte, parce qu’il faut bien compter, tout en continuant de lire, c’est si séduisant. On compte et on s’interroge. Pour tout dire, plus on compte, plus on s’interroge. Et on se dit que cette session va pour beaucoup être orientée sur ces questionnements : comment comptez-vous financer toutes ces actions nouvelles annoncées pages après pages ? Pour certaines, c’est clair. Pas de soucis. Mais pour d’autres… qu’en est-il réellement ?

Quelques exemples pour illustrer :

- Protection de l’enfance : vous annoncez de nouvelles actions de prévention. C’est indispensable, mais parallèlement on voit aussi des coupes dans les budgets. Au final, le budget « prévention » de la politique enfance-famille est en diminution, alors que toutes les préconisations requièrent d’impulser l’inverse. Pourquoi ?

- Autre exemple : une très belle délibération sur l’insertion (Job Anjou, lancement de kits, créations de places, soutien aux structures, engagement dans le projet saumurois « territoire zéro chômeurs »). Là encore, nous retrouvons de nombreuses idées que nous avons émises, … Mais quand on compte, alors même qu’en recettes, il y a des subventions nouvelles de l’Etat et de l’Europe, du BP 2020 au BP 2021, les dépenses globales pour les actions d’insertion baissent de 500 000€… alors que le nombre d’allocataires RSA explosent. Pourquoi ?

- Dernier exemple, les pompiers. Lors du dernier Conseil d’administration du SDIS, on nous a donné la lecture d’un courrier assez autoritaire, signé par le Président du Département et Philippe Chalopin, Président de l’association des maires, courrier affirmant le gel des embauches décidées à l’époque du Préfet Gonzalez. Et aujourd’hui, vous nous soumettez la nouvelle convention pluriannuelle avec l’établissement qui indique poursuivre le déploiement de ces mesures nouvelles. Qui et que croire ? Le courrier cosigné par Philippe Chalopin et vous-même ou la délibération présentée par Philippe Chalopin et signée par vous-même ?

Pour émettre un avis clair sur ce budget, nous aurons sur de nombreuses délibérations des questions simples, parce que si au 1er temps, on est séduit, au 2nd temps, celui où on prend appui, il y a besoin de lever les doutes.

Enfin, au 3è temps de la valse, on va de l’avant, on se projette. On s’embarque vers plus loin. Regardons-nous ce territoire avec les mêmes yeux ? Voulons-nous l’emmener dans la même direction ? Et si non, est-ce irréconciliable ?

Parce que, si nous avons compris que ce budget bouche électoralement les angles et qu’il est un budget de transition, quand on regarde au-delà de l’horizon de ces 1 000 pages, où allons-nous ? Comment voulons-nous déployer le service public départemental sur nos territoires, avec qui et pour quoi faire ? Quelle analyse faisons-nous dans la durée des impacts de cette crise sanitaire ? Quid des impacts de la crise climatique ? De la préparation de notre département au vieillissement ?

Pour répondre à cela, nous approfondirons les échanges que nous avons eus au moment du Débat d’orientations budgétaires sur les investissements, sur les logiques d’investissement. Et nous déposons 2 amendements en fonctionnement, à hauteur de 360 000€ sur un budget de… 800 Millions €. Un amendement sur la dignité des collégiennes et un pour mieux agir sur la parentalité dans les quartiers prioritaires. Parce qu’in fine, la seule question qui se pose est : oui ou non voulez-vous unir et rassembler les forces de ce département ?

Lors des orientations budgétaires, vos dernières paroles étaient – je cite : « le rôle du Département n’est pas de soutenir Angers et la 1ère couronne mais les petites communes rurales qui sont les plus fragiles ». Quand on a grandi à la Roseraie et qu’on habite Trélazé, élu d’un quartier où plus de 60% des gens vivent sous le seuil de pauvreté avec un chômage 2,5 fois plus élevé, on ne peut pas accepter ces paroles. Vos mots sont pris comme une méconnaissance des réalités, et peuvent être ressentis comme du mépris.
L’enjeu n’est pas d’opposer l’urbain au rural, mais d’agir plus fortement là où il y a des difficultés.
Et puis, avec un peu de recul, on se dit « quand même, voilà un Président, élu du canton Angers centre, expliquant que son rôle n’est pas d’agir pour Angers mais pour d’autres territoires fragiles plus éloignés ». J’avoue, le poser, ça ne manque pas de panache.
Simplement, nous qui sommes aussi élus de territoires où il y a des quartiers, on veut vous alerter : si à Angers, il y a des habitants riches, il y a aussi des habitants très pauvres, et ce qui est vrai pour Angers l’est pour l’ensemble du département. Quand vous privilégiez les territoires ruraux en difficulté, on veut vous inviter à compléter votre approche pour corriger les écarts pas seulement en milieu rural, mais partout où il y a des déséquilibres.

Pour être très clair : une comparaison par commune, le revenu du décile le plus bas, c’est-à-dire les 10% les plus pauvres :
- Longué : 11 480€ / Candé : 11 560€ / Trélazé : 11 300€
- A contrario : Le Lion d’Angers : 13 540€ /Beaupréau : 13 790€ / Maulévrier : 13 950€

Autrement dit, les 10% les plus pauvres de Maulévrier gagnent 200 euros de plus chaque mois que ceux de Longué. Pour les quartiers prioritaires, l’écart est même de 400€ de revenus. Dit autrement, la moitié des habitants de ces quartiers vivent chaque mois avec 400€ de moins que les 10% les plus pauvres de Maulévrier, Le Lion d’Angers… Notre Département ne doit pas opposer les territoires entre eux, simplement, nous devons être capables d’affirmer une priorité à tous les territoires où les faiblesses sont plus fortes : le saumurois, le baugeois, le candéen et le pouancéen en milieu plus rural d’un côté, les quartiers prioritaires du département de l’autre. Nous ne voulons pas stigmatiser ces communes prises au hasard, nous voulons juste vous dire que si on ne fait pas apparaître ces réalités, alors c’est la situation des habitants de ces quartiers qui, sans le dire, se retrouve stigmatisée, en ne reconnaissant pas qu’ils sont au moins aussi fragiles que ceux des « petites communes rurales ». On ne peut pas reconnaître une faiblesse et ignorer l’autre.

Monsieur le Président, avec nos interventions et à travers nos amendements, vous avez l’occasion de démontrer que vous n’êtes pas seulement le Président du rural, mais bien le Président de tous les territoires. Nous aurons sûrement encore des divergences, mais à travers ces 360 000€, il s’agit de démontrer que, quels que soient les bancs où l’on siège dans cette enceinte, il y a un diagnostic partagé des priorités. Et dans la période, nous pensons qu’il y a des signaux incontournables à adresser.

En conclusion chers collègues, Monsieur le Président, il faut bien 3 temps pour analyser ce budget. Un 1er, séduisant. Je vous le dis d’entrée de jeu : nous avons des désaccords de fonds, ils sont connus, mais sur une partie importante de ce BP 2021, nous avons un regard positif. Un 2nd temps, ensuite, de questionnement pour lever les zones d’ombre, les incompréhensions, notamment sur l’insertion. Un 3ème enfin, pour clarifier la vision du territoire et de son équilibre.

Depuis 2015, au niveau du travail dans nos cantons, nous, élus de la minorité avons fait avancer les dossiers. Pourtant, quand nous nous retrouvons au niveau de l’assemblée départementale, ça semble souvent compliqué : de notre côté, nous votons une majorité des délibérations présentées, simplement parce que nous étions d’accord, cela allait dans le bon sens. Pas question pour nous de nous enfermer dans des postures. Mais en face, pas un seul de nos amendements n’a été retenu de tout le mandat. Que faut-il en conclure ? A ce dernier budget, nous avons l’espoir enfin de voir face à nous un autre visage, d’autres attitudes et la volonté de privilégier les avancées collectives et l’intérêt général, celui où toutes les difficultés territoriales sont considérées. C’est avec cet état d’esprit que nous entamons ce travail budgétaire 2021."


Article du 15 février 2021 I Catégorie : Politique

 


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