Points de vue : Le vote, un droit civique fondamental, le fruit d'un long combat, un devoir

Un second point de vue cette semaine de notre chroniqueuse Julia Martin. En cette journée électorale du dimanche 28 juin, elle défend le fait d'aller voter et explique. Elle rappelle aussi que le droit de vote est le fuit d'un long combat.


Le vote est le premier mode d’action et le plus simple en démocratie. Ainsi, Utiliser son droit de vote représente une façon d’exercer sa citoyenneté. Il permet aux citoyen(e)s de protéger leur liberté et de faire fonctionner la démocratie. Si le vote en France, à la différence d'autres pays comme son voisin la Belgique, n'est pas une obligation, c'est une responsabilité. En Belgique, chaque personne inscrite sur une liste électorale est convoquée et doit se présenter au bureau de vote de sa circonscription. En cas d’abstention, la personne peut se voir infliger une sanction allant de la simple réprimande à l’amende.

Le vote une responsabilité et un choix personnel

Le vote est une responsabilité, car il permet d’influencer les décisions politiques futures qui affecteront directement ou indirectement l’avenir des citoyen(ne)s. Et ne pas voter, revient à laisser aux autres la possibilité de décider pour nous. En effet, participer aux élections notamment municipales permet de donner son avis, de faire son propre choix sur l’avenir de sa commune et donc sur son avenir à soi. L’abstention ne permet pas d’exprimer sa voix, de se faire entendre auprès des futurs dirigeants. Enfin, le vote est votre choix : Quelle meilleure manière de faire valoir votre voix qu’en votant ? Voter est en effet votre façon de dire ce que vous estimez être dans votre meilleur intérêt et dans le meilleur intérêt de la collectivité. En vous engageant dans l’acte de vote, vous faites valoir vos idéaux et votre opinion. C'est aussi un choix personnel et intime : L’électeur détermine seul les candidat·es qu’il·elle décide d’élire. Il·n’a pas l’obligation de révéler son choix à qui que ce soit.
L’objectif ? Identifier ses priorités dans les différents programmes électoraux sans subir l’influence des personnes de l’entourage. Et surtout, c'est un acte autant de rapprochement affectif que c'est un choix réfléchi : L’important est de bien prendre le temps de se renseigner sur ce que propose chaque candidat. En cette période de crise sanitaire, pas de réunions ni de meetings, mais d'autres moyens de communication à disposition : Écouter des débats sur les sites internet, lire les programmes résumés sur les professions de foi que chacun a pu recevoir dans sa boîte aux lettres, sont des sources d’information qui permettent à chacun d’élire le ou les candidat·es qui lui correspond.

Le droit de vote, le fruit d’un long combat*

À partir du XIXe siècle en France, le vote devient un synonyme de démocratie, alors qu'auparavant il désignait un régime aristocratique ou oligarchique. Pour rappel, le vote est né à l'antiquité, lors de la république romaine et de la démocratie en Grèce.
En France, le vote est né après la Révolution en 1791. C'est alors un suffrage censitaire et indirect.
Ainsi, la Constitution du 3 septembre 1791 met en place une monarchie constitutionnelle. Dans ce régime, la souveraineté appartient à la Nation mais le droit de vote est restreint. Le suffrage est dit censitaire. Seuls les hommes de plus de 25 ans payant un impôt direct (un cens) égal à la valeur de trois journées de travail ont le droit de voter. Ils sont appelés "citoyens actifs". Les autres, les "citoyens passifs", ne peuvent pas participer aux élections. Le suffrage est aussi indirect car les citoyens actifs élisent des électeurs du second degré, disposant de revenus plus élevés, qui à leur tour élisent les députés à l’Assemblée nationale législative.

Puis, en 1799
le vote devient suffrage universel masculin mais limité. Ainsi, la Constitution du 22 frimaire an VIII (13 décembre 1799) établit le régime du Consulat. Elle institue le suffrage universel masculin et donne le droit de vote à tous les hommes de plus de 21 ans ayant demeuré pendant un an sur le territoire. Mais ce droit est limité par le système dit des listes de confiance. Il s’agit d’un scrutin à trois degrés : les électeurs désignent au suffrage universel un dixième d’entre eux pour figurer sur les listes de confiance communales, ces derniers choisissent ensuite un dixième d’entre eux pour l’établissement des listes départementales, qui eux-mêmes élisent un dixième d’entre eux pour former une liste nationale. Le Sénat conservateur (dont les membres sont nommés à vie) choisit ensuite sur cette liste nationale notamment les membres des assemblées législatives (Tribunat et Corps législatif). Le peuple ne désigne donc pas encore directement ses représentants.

Nouvelle étape en 1815 avec le suffrage censitaire
. La défaite de Napoléon Ier à Waterloo (18 juin 1815) entraîne la chute définitive de l’Empire et permet le rétablissement d’une monarchie constitutionnelle, avec le retour de la dynastie des Bourbons : c’est la Restauration. Le suffrage universel masculin est aboli et le suffrage censitaire rétabli. Seuls les hommes de trente ans payant une contribution directe de 300 francs ont le droit de vote. Pour être élu, il faut avoir 40 ans et payer au moins 1 000 francs de contributions directes.

En 1848, le mouvement révolutionnaire qui éclate en février 1848 met fin à la Monarchie de Juillet et institue la République
. Le suffrage universel masculin est alors adopté par le décret du 5 mars 1848 : il ne sera plus remis en cause. « Sont électeurs tous les Français âgés de 21 ans et jouissant de leurs droits civils et politiques. » Le droit d’être élu est accordé à tout électeur de plus de 25 ans. Para ailleurs, le vote devient secret.

Puis, il aura fallu près de 100 ans, bien des gouvernements et changements constitutionnels avant que le droit de votre soit octroyé aux femmes et que le suffrages deviennent universel, en 1944
. Ainsi, concernant le droit de vote aux femmes, pendant longtemps le vote avait été refusé aux femmes en raison d’arguments misogynes : les femmes seraient faites pour être des mères et de bonnes épouses, ce qui ne serait pas compatible avec l’exercice du droit de vote ou d’un mandat politique. Par ailleurs, certains redoutaient l’influence de l’Église sur le vote féminin. Après la Première Guerre mondiale, puis l’apparition des suffragettes (militantes du droit de vote féminin), le débat évolue progressivement, mais l’opposition du Sénat fait échec à toute évolution dans l’entre-deux-guerres. L’ordonnance du 21 avril 1944 du Gouvernement provisoire de la République française, signée par Charles de Gaulle, donne aux femmes le droit de vote, rendant ainsi le droit de suffrage réellement universel, par son article 17 qui dispose simplement : "Les femmes sont électrices et éligibles dans les mêmes conditions que les hommes". Dans les faits, les Françaises votent pour la première fois aux élections municipales d’avril-mai 1945.

1945, c'est également le droit de vote aux militaires
. Ainsi l’ordonnance du 17 août 1945 dispose : "Les militaires des trois armées sont électeurs dans les mêmes conditions que les autres citoyens", rompant avec la pratique en cours depuis 1872. Ils sont éligibles sous certaines conditions.

Dernière étape en 1974, c'est l'instauration du droit de vote à 18 ans
. Ainsi, c'est le président de la République d'alors, Valéry Giscard-d'Estaing, qui abaisse, par la loi du 5 juillet 1974, l’âge d’obtention du droit de vote à 18 ans au lieu de 21.

"Voter est un devoir"

Dans son éditorial de ce Dimanche Ouest France du 28 juin "Retour à la vie démocratique", Jeanne Emmanuelle Hutin précise : "Face à la crise économique et sociale annoncée, le concours et les efforts de tous seront nécessaires pour tisser les liens, rassembler les énergies, développer les solidarités. Les majorités comme les oppositions devront oeuvrer ensemble. En démocratie, les élections de sauraient signifier l'arrogance de la majorité envers la minorité. Les élus sont conviés à une évolution profonde : celle de développer la culture du consensus en cherchant ce qui rassemble dans le respect mutuel." Et de conclure : "N'oublions pas que l'avenir du pays se joue aussi dans chaque commune. Par procuration ou en respectant les consignes sanitaires, voter est un devoir."

* Source « Citoyenneté et démocratie » de Christian Le Bart aux éditions La Documentation française


Article du 27 juin 2020 I Catégorie : Vie de la cité

 


14 commentaires :


Commentaire de Superdeg 27/06/2020 15:50:23

Les militaires ont eu le droit de vote après les femmes....Et nous ont a 2 têtes de liste anciens militaires, et par une femme!



Commentaire de La sauterelle 27/06/2020 17:24:06

Il est beau le droit de vote. Souvenez-vous du vote pour la constitution européenne. Les français ont votés NON et notre cher Gouvernement par l'assemblée a trahit le peuple. Merci la démocratie.



Commentaire de droit et quasi devoir de ne pas voter ? 28/06/2020 06:30:15

Le droit de ne pas voter est aussi un droit. Marre de ces discours ,pour nous faire la morale. Vous voulez voter droite avec les 2 militaires ou ... droite ? Car je rappel que le Goulet=Des gens violents sur sa liste= LREM =Gregory Pierre= Le non respect des sans dents = Des milliers de morts donc les leçons... Par ailleurs on nous refait le coup du y a aucun danger vous pouvez venir mourir en toute sérénité LOL



Commentaire de Serpico 28/06/2020 10:37:09

Le vote, un droit civique fondamental....Les règles à appliquer Mesdames , Messieurs les bénévoles en poste en lieu et place des bureaux de vote = d'appliquer les règles et de faire tamponner la carte électorale, ce qui a été fait à la Mairie de Saumur mais pas au bureau 004 de l'Arche d'orée....non ils ne veulent pas de contact avec la carte ... Je ne connais pas trop les lois sur cet état de fait ...Si nos prétendant élus pouvaient en leurs noms propre m'apporter réponse sur la légalité du non tamponnement sur ma carte car j'en suis vraiment frustré ....



Commentaire de un devoir sinon se taire 28/06/2020 10:49:31

voter est un droit mais aussi un devoir sinon on se tait !!! c'est que tout va bien !!!



Commentaire de Phileas 28/06/2020 11:08:30

Voter est un droit et non pas un devoir. Payer ses impôts est un devoir et non pas un droit. Assez de ces leçons d'instruction civique erronées !



Commentaire de @Serpico 28/06/2020 11:12:18

Il n'y a aucune obligation juridique en ce qui concerne le coup de tampon au dos de la carte électorale.



Commentaire de A.S. 28/06/2020 11:32:35

Ne pas voter ne constitue en aucun cas un droit. Dans certains pays le vote est même obligatoire et ce ne sont pas des dictatures. Mais on peut voter blanc ou nul. Nos anciens se sont battus pour que nous ayons ce droit. Quand je vois ce que certains en font, il n'y a vraiment pas de quoi rire.



Commentaire de 15 % 28/06/2020 13:30:20

15 % de vote à midi. On se marre. Elle va être belle la légitimité du futur maire élu. La question n'est pas de nous sortir des discours moralisateurs d'un autre temps car on s'en moque un peu du passé. La vraie question au regard des inégalités de notre société est : devons nous changer cette pseudo démocratie qui n'en a que le nom car dirigée par des gens qui ne vivent pas les difficultés de 90% des gens ? Regardez ceux qui se présentent et vous aurez compris !



Commentaire de VLADY BOISSIN 28/06/2020 17:24:25

Reconnaissance du vote blanc et il y aura moins d abstention....



Commentaire de LUQUET Michel 29/06/2020 11:24:04

Si le droit de vote est un devoir, qu\\\'en est-il de la liberté de voter ? Etre élu avec 64% des voix représentés par 2 électeurs sur 10, si c\\\'est juridiquement viable mais politiquement inconcevable, comment sort-t on de ce paradoxe ? Peut-on imposer l\\\'aspect juridique contre l\\\'aspect politique ? Va comprendre Charles !



Commentaire de VLADY BOISSIN 29/06/2020 16:52:33

Commençons par voter un jour d semaine , ou le vote électronique , reconnaissance du vote blanc...Il y aura beaucoup moins d abstentionnistes



Commentaire de brugiere jean fr 29/06/2020 23:52:05

les commentaires disent tout et le contraire de tout. C'est dire que le sujet est complexe. En réalité le vote que nous propose la démocratie est une arnaque. et si les femmes n'ont pas eu le droit de vote c'est que ( hormis le curé et le mari) elles sont plus terre à terre que les hommes plus pragmatiques ( venant de l'éducation à donner aux enfants). Le système veut nous imposer d'aller voter mais chacun sait que tout est biaisé.Notamment par le fric. Aujourd'hui il y a les maires élus avec un taux énorme d'abstention, l'élection n'a aucune valeur.



Commentaire de a mr brugiere 30/06/2020 11:24:30

les femmes apprécieront...décidemment vous etes bête



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