Tribune libre Bertrand Chandouineau #2 : "Gouverner c'est prévoir"

Le candidat Bertrand Chandouineau arrivé en seconde position au 1er tour des élections municipales à Saumur nous a demandé une tribune pour livrer son analyse de la situation actuelle. Ouvert au débat et à la réflexion, le Kiosque a accepté. Après une 1ère tribune "Une maladie française : l'imprévoyance", voici sa 2ème.


"Gouverner, c’est prévoir !

Contrairement à ce que certains imaginent, loin de moi l'idée de donner des leçons à qui que
ce soit. Avant toute chose, nous savons combien la résolution de cette crise est vitale pour
notre avenir et combien ceux qui sont à la manoeuvre sont courageux et méritent notre
soutien. Les réflexions que je mène ont juste pour but de partager une analyse, qui en vaut
une autre, à partir d'une expérience professionnelle longue et assez complète en analyse
prospective et en gestion de crise.
Gouverner, c’est prévoir ! Tout le monde connaît cette assertion qui a fait la réputation
d’Emile de Girardin, journaliste et homme politique français du 19ème siècle. Une
affirmation qui, sortie de tout contexte, pourrait paraître bien péremptoire si elle n’était, à
bien y réfléchir, terriblement juste.

Qu’est-ce que la Prévoyance ?

Quelques commentaires reçus à l’issue de la publication de mon article précédent me
laissent penser qu’il y a peut-être confusion entre prévision et prévoyance. Il est vrai qu’un
seul verbe se décline en ces deux mots : prévoir. Mais il y a un monde entre la prévision et la
prévoyance, même si l’une est l’un des outils de l’autre.

Nous l’avons vu, l’Académie définit la Prévoyance comme la « qualité d’une personne qui
sait discerner les difficultés pouvant advenir et s’emploie à s’en garantir. »
Elle donne la définition suivante de la prévision : « Action de prévoir, d’annoncer ce qui doit
être ou arriver, en s’appuyant sur un raisonnement, une analyse, une évaluation … »
Ainsi, malgré un verbe commun, ces deux mots ont des significations vraiment différentes. Si
la prévision est l’un des outils de la Prévoyance, il ne faut pas les confondre, principalement
parce que la Prévoyance définit les difficultés à venir et, surtout, s’attache, avant qu’elles ne
surviennent, à donner les moyens d’y faire face.

Il en est ainsi de la Prévoyance que l’on connaît sans doute le mieux en France : la
Prévoyance santé, car presque tous les Français bénéficient d’un « contrat de prévoyance »,
sous la forme d’une mutuelle santé. Celle-ci n’empêche pas la maladie, l’invalidité ou le
décès. Elle ne prévoit pas non plus que l’on va tomber malade, devenir invalide ou décéder
alors que l’on est encore en activité. Elle permet juste à chacune et à chacun d’atténuer, sur
soi et sa famille, l’impact de tout accident de cette nature, et de ne pas se retrouver, dans ce
cas, sans ressources.

Alors comment gouverner avec Prévoyance ?

La Prévoyance politique repose sur quatre principes indissociables : avoir la volonté de ne
pas se laisser surprendre ; se doter de la meilleure capacité à être informé ; savoir écouter
ceux qui informent et prendre en compte les alertes ; puis savoir prendre en conséquence,
par anticipation, les mesures préventives adaptées.

Lorsque le fonctionnement des sociétés humaines s’est révélé de plus en plus complexe et
que les Etats se sont dotés de systèmes sophistiqués de gouvernance, il leur est apparu
rapidement qu’il était crucial pour eux de se doter d’une capacité d’anticiper les surprises.
Surprises politiques et militaires lorsque les relations entre Etats se traduisaient souvent par
la guerre, mais aussi surprises économiques lorsque les relations commerciales pouvaient
s’interrompre brutalement, surprises technologiques permettant de prendre l’ascendant,
militaire ou économique, surprises sociales que pouvaient être, par exemple, les révolutions,
surprises sanitaires lorsque la peste tuait par millions ou surprises climatiques lorsque les
intempéries pouvaient anéantir pendant des années la production agricole. C’est pour cela
que tous les Etats, dans l’Histoire, se sont dotés de structures chargées de les informer sur
les menaces extérieures comme intérieures, les risques sanitaires puis, plus tard, les risques
climatiques. C’est donc bien à la plus ou moins grande attention des gouvernants à créer,
entretenir et utiliser avec pertinence leur capacité à être informé sur ces menaces et ces
risques que se mesure leur volonté de ne pas se laisser surprendre.

De là découle le deuxième principe : plus la qualité de cette capacité à informer est grande,
plus la Prévoyance peut être efficace. Que faut-il pour cela ? Sans faire une description
complète, disons qu’elle est dépendante de deux règles. D’abord, la recherche de
l’information sur les menaces et les risques qui pèsent sur l’Etat et les citoyens doit être
inspirée par le dirigeant politique. Cela lui permet de conserver un indispensable contrôle
sur les structures responsables de cette recherche, qui restent ainsi focalisées sur leurs
objectifs. Ensuite, ces structures, hautement spécialisées, organisent la recherche des
informations par les moyens les mieux adaptés, les plus diversifiés et suffisants que possible,
puis analysent les informations reçues selon les processus les plus élaborés et grâce aux
techniques les plus modernes avant d’alerter le dirigeant politique.
Suit alors le troisième principe. En France, contrairement aux deux principes précédents, qui
sont aujourd’hui concrètement appliqués, « savoir écouter ceux qui informent et prendre en
compte les alertes » ne l’est pas toujours.

Regardons les faits concernant la crise actuelle.

Le journal Le Monde a dévoilé ce lundi 4 mai un rapport au Gouvernement datant d’avril
2005, qui organisait de manière structurée le fonctionnement des pouvoirs publics en cas,
notamment, de pandémie. Commandé par prévoyance à la suite, entre autres, de l’épidémie
de SRAS en 2003, ce rapport et plus encore ses préconisations ne semblent jamais avoir été
totalement pris en compte. Nos capacités sanitaires se sont, au contraire, amoindries.
Mieux, lors de l’épidémie de la grippe H1N1 de 2009, les mesures prises, achat massif de
vaccins et de masques chirurgicaux, ont été en partie moquées par les médias lorsque,
finalement, peu de cas se sont révélés sur notre territoire. Sommes-nous piégés aujourd’hui
parce que le souvenir de cet épisode était encore présent dans les esprits au début de la
crise actuelle ?

Face au Covid-19, l’Organisation Mondiale de la Santé publie le 30 janvier 2020 un rapport
recommandant explicitement que les pays concernés (5 cas confirmés en France, pays
d’Europe le plus touché à cette date) préparent leur population et mettent en place des
mesures de prévention. Un mois plus tard, l’OMS édite un nouveau rapport très alarmant,
préconisant les mesures les plus sévères de protection des populations des pays touchés par
le virus, dont la France, avec plus de 60 cas confirmés le 29 février. Malgré l’exemple de
l’Italie qui, ce même 29 février, compte déjà plus de 1 100 cas dont près de 30 décès, la
France ne prend toujours aucune mesure de protection pendant deux semaines, jusqu’au 15
mars, jour du premier tour des élections municipales. Faut-il commenter ?
Le quatrième principe est également ce qui nous manque le plus souvent : la prise des
mesures permettant de se garantir des difficultés à venir. La raison généralement avancée
est le coût de ces mesures. Reconnaissons qu’il est parfaitement compréhensible et semble
toujours raisonnable de préserver les finances publiques. Reconnaissons aussi qu’il est
toujours extrêmement difficile pour un dirigeant politique de faire le choix entre les
dépenses exigées par le fonctionnement immédiat de sa collectivité et celles permettant de
parer aux difficultés qui pourraient survenir dans le futur. Mais la politique c’est, par
essence, exactement l’expression de ce choix. Si le dirigeant politique n’est pas en mesure
de faire ce choix, de manière éclairée, il n’est alors qu’un gestionnaire et fait ainsi le travail
de son administration, mais il ne gouverne pas. Sans compter que, bien souvent, les
conséquences des crises coûtent bien plus, financièrement et humainement, que les
mesures de prévoyance.

Gouverner, ce n’est pas croire que les catastrophes n’arrivent qu’aux autres. Ce n’est pas
penser qu’un nuage radioactif ou qu’un virus s’arrêtera à nos frontières, ce n’est pas juste «
communiquer » pour vouloir plaire, ce n’est pas faire preuve d’arrogance, en imaginant que
seules quelques élites savent et peuvent et que le peuple suit bêtement.
Gouverner, c’est être prévoyant ! Pour cela, gouverner, c’est donc avoir la volonté de ne pas
se laisser surprendre, c’est se doter des moyens d’être informé du mieux possible, c’est
savoir entendre ceux qui alertent et c’est enfin faire le choix de prendre avec anticipation les
mesures adaptées. Gouverner c’est faire preuve de réelle humilité en somme, face à une
responsabilité immense vis-à-vis du peuple qui ne suit que s’il a confiance."

Infos pratiques : Vous souhaitez nous faire vous aussi parvenir une tribune, rien de plus simple : envoyez la sur contact@saumur-kiosque.com. Attention : Le Kiosque se réserve le droit de publier ou non, au regard de notre logique éditoriale : elle doit ouvrir au débat et à la réflexion, sans propos racistes, homophobes, délétères ou encore injurieux.


Article du 07 mai 2020 I Catégorie : Politique

 


11 commentaires :


Commentaire de Superdeg 07/05/2020 09:20:52

Et s'il nous parlait de la compétition sportive militaire internationale qui a eu lieu du 7 au 17 octobre 2019 en Chine, est-ce les militaires français qui ont apporté le virus en Chine ou est-ce eux qui l'ont apporté en France? Aller au rapport colonel! Même pas prévue la question!



Commentaire de 205 GTI junior 07/05/2020 14:11:40

Prévision et prévoyance. La confusion peut-être étrange. L'expérience comme le chemin de vie est unique à chacun. Ça peut paraître étrange que les initiales de soldats de France=sdf.



Commentaire de François-Marie Arouet 07/05/2020 18:23:21

Combien de temps vont durer les élucubrations de ce monsieur ? Si, par malheur, il est élu maire, nous aurons droit, comme avec le gouvernement Philippe, à des mises en scènes retransmises dans tous les médias locaux et mêmes nationaux. Et ce, jusqu'à saturation ! Il devrait lui aussi postuler pour la mairie du Havre...



Commentaire de Papy Boyington 07/05/2020 18:32:24

L'analyse est là, et bien vu, une dissertation philosophique sur la situation actuelle et les manquements de nos gouvernants de tous bords depuis 20 ans. Il est sur que le maire actuel est loin d'une telle réflexion.



Commentaire de Le prof.... 07/05/2020 18:50:30

Monsieur je sais tout voudrait nous faire la leçon de son piedestal alors qu'il a voté Macron (comme Goulet d'ailleurs) et qu'il est arrivé très loin derrière JG. S'il était si bon, il aurait compris (avec "humilité" sic) ce que sont Saumur et ses habitants. Cette tribune n'a vocation qu'à faire parler de son auteur et de continuer sa petite musique. @la redaction : et pourquoi ne pas tendre la perche aux autres candidats ?



Commentaire de Francis Prior 07/05/2020 19:06:49

On sait gré à M Chandouineau de nous gratifier d'un cours sur la prévention des crises. Nous aurons certainement le chapitre concernant la gestion des crises puis celui des décisions absurdes. Mais voilà, la gestion politique est plus difficile que la gestion d'une entreprise parce que son champ d'application n'est pas limité par un objet social mais par la vie des Hommes en société, dans un espace géographique. C'est donc à la totalité de l'expérience humaine qu'elle s'adresse avec donc tous les risques afférents.



Commentaire de La rédaction 07/05/2020 19:30:20

Si vous allez à la fin de l'article, vous verrez que la perche est tendue.



Commentaire de Sobriété heureuse 07/05/2020 21:02:42

Si un élu appliquer la prévoyance, la planète serait LA priorité et ce dès aujourd'hui pas demain.



Commentaire de Eugène Legrand 08/05/2020 00:36:52

La critique systématique d’une réflexion qui, personnellement me paraît tout à fait intéressante et engage au débat , me fatigue...Le problème est qu’il ne peut y en avoir avec des représentants ou soutiens politiques locaux anonymes qui ne pensent qu’à la suite des élections municipales et qui cassent , cassent, cassent .. tout cela n’est pas bien constructif . Il n’y a pourtant aucun rapport avec ces articles me semble t il . Merci Monsieur de vos écrits que je commence à guetter . Ça nous change de certains discours .... je serai curieux de lire des réflexions différentes ..à vous qui avez



Commentaire de jeep49 08/05/2020 10:20:25

Pourquoi toujours médire pour en définitive ne rien dire. Bravo à M. Chandouinau pour son analyse et sa présentation. Un peu de hauteur et de philosophie ne font de mal à personne et cela nous change des éructations habituelles. On peut etre ou ne pas être d'accord avec l'auteur tout en restant dans le sujet.



Commentaire de Cebenvrai 08/05/2020 11:32:12

A Mr Prior : vous avez dit le mot "la gestion gestion politique est plus difficile " évidemment puisqu'il faut surtout assurer sa réélection, ce qui est l'étoile du berger de chaque élu et qui justifie tout le reste.



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