Décès d'Edgard Pisani, ancien Ministre et ancien maire de Montreuil-Bellay

L'homme politique français Edgard Pisani s'est éteint ce mardi 21 juin, à l'âge de 97ans. Durant sa longue carrière politique, il a été notamment maire de Montreuil-Bellay, mais aussi ministre de Charles de Gaulle ou de François Mitterrand. Il était également un emblème de la Résistance française lors de la Seconde Guerre Mondiale. Pour Paul Loupias, son successeur à la Mairie de Montreuil-Bellay en 1975 et ami, « il a bouleversé la commune et la vie des Montreuillais. Le président de la République François Hollande, dans un communiqué rend quant à lui un hommage à ce "visionnaire"

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Né le 9 octobre 1918 à Tunis, c'est le 20 juin 2016, à l'âge de 97 ans, qu'Edgard Pisani s'est éteint. D'une famille italo-maltaise, il arrive à 18ans à Paris pour étudier au Lycée Louis-le Grand, puis à la Sorbonne, au Centre des hautes études administratives avant l'Institut des hautes études de la Défense nationale. À 22 ans, en 1940, il subit de plein fouet la débâcle de l'armée française face à l'Allemagne Nazie, et est contraint de fuir la France pour se réfugier en Afrique du Nord, comme de nombreux autres hommes politiques français.

Un rôle important dans la Résistance et au Conseil National

Leur but est de créer un gouvernement de défense nationale à partir des départements français en Afrique. Il fuit à bord du Massilia, en compagnie d'André Le Troquer, de Pierre Mendès-France ou d'Édouard Daladier. Edgard Pisani va en profiter pour jouer un rôle important dans la Résistance Intérieure française, notamment dans la libération de la préfecture de police de Paris, ce qui lui vaudra de devenir chef de cabinet du préfet de police en 1944. Cette année-là, il devient également à 26 ans le plus jeune sous-préfet de France. En 1946, Pisani devient chef de cabinet d'André Le Troquer, ministre de l'intérieur. La même année, il devient préfet de la Haute Loire, et directeur de cabinet de la défense nationale. Il devient préfet de la Haute-Marne en 1947. Dans le même temps, il épouse Colette Le Troquer, fille d'André Le Troquer. En 1954, Edgard Pisani devient sénateur du département de la Haute-Marne, tout en étant inscrit dans le parti des Gauches Démocratiques. Il quitte sa charge en 1961.

Une belle carrière politique, mais "pas celle que son talent et son courage méritaient"

En 1964, Edgard Pisani devient conseiller général de Maine-et-Loire, par son élection dans le canton de Montreuil-Bellay. Il y est réélu en 1965. En 1965, il est également élu maire de Montreuil, fonction qu'il exercera jusqu'en 1975. Dans le même temps, le natif de Tunis épouse une carrière gouvernementale. En 1961, il devient ministre de l'agriculture du cabinet Michel Debré, et il est reconduit par l'arrivée de Georges Pompidou en 1962. Il va notamment permettre l'institution de la Politique Agricole Commune de la CEE. En 1966, il devient ministre de l'équipement et de l'aménagement du territoire, puis en 1967 ministre de l'équipement et du logement. Pisani va également fonder le MPR (Mouvement Pour la Réforme, gaulliste de gauche). En 1967, il est élu député de la première circonscription de Maine-et-Loire. Et c'est en 1968, alors qu'il est toujours Ministre qu'il est démissionné par Pompidou, suite à son discours en séance le 22 mai, par lequel il a cette fameuse conclusion : " le jour où la morale est trop éloignée de la politique, la politique ne vaut plus rien." (1) Pour Paul Loupias, son successeur à la Mairie de Montreuil, "ce 22 mai 1968 a hypothéqué tout le reste de sa carrière politique, belle carrière certes mais qui n'a pas été à la hauteur de son talent et du courage dont il toujours fait preuve." Il redevient ensuite sénateur de la Haute-Marne entre 1974 et 1981. En mai 1981, il devient membre de la Commission Européenne. En 1984, il devient Haut-Commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie, puis, du fait des « événements », entre partisans et opposants à l'indépendance, il est nommé ministre chargé de la Nouvelle-Calédonie, entre mai et novembre 1985, sous le gouvernement Laurent Fabius. Il va permettre l'instauration d'un referendum d'auto-détermination. De 1986 à 1992, il devient chargé de mission auprès du Président de la République François Mitterrand. En 1988, il devient président de l'Institut du Monde Arabe, poste qu'il occupera jusqu'en 1995. Il est par ailleurs devenu en 1992 membre du conseil économique et social.

Son fils, vigneron du Saumur-Champigny

Tout au long de sa vie, Edgard Pisani aura reçu de nombreuses distinctions. Il est chevalier de la Légion d'honneur, et il est titulaire de la croix de guerre 1939-1945 et de la médaille de la Résistance. À Montreuil-Bellay, un lycée agricole porte son nom. Edgard Pisani laisse derrière lui 3 enfants, qu'il a eu avec Colette le Troquer puis avec Fresnette Ferry, fille d'Abel Ferry et petite nièce de Jules Ferry. Ses 3 enfants sont Francis Pisani (journaliste), Jean Pisani-Ferry (économiste) et le vigneron Édouard Pisani-Ferry, vigneron propriétaire du Château de Targé, à Parnay, où l'on y produit du Saumur-Champigny. Edgard Pisani laisse également derrière lui une œuvre littéraire très fournie, avec 21 livres, dont le dernier Croire pour Vivre : méditations politiques est paru en 2015 aux éditions Saint-Léger. Il est également apparu dans le documentaire « C'est beau la politique, vous savez ! » de Jean-Jacques Rault en 2011 et son rôle dans la libération de Paris est interprété par Michel Piccoli dans le film « Paris brûle-t-il », en 1966. En mai 2015, PaulLoupias, son successeur à la mairie de Montreuil-Bellay et ami organisait une soirée débat en son honneur intitulée "Courage en politique". (notre article)

Le père fondateur des établissements agricoles

« Monsieur le ministre, vous n'êtes pas un livre vivant, vous êtes toute la collection de la Pléiade ! » C'est par ces mots que le maire de Montreuil-Bellay, Paul Loupias, avait accueilli son prédécesseur Edgard Pisani en mars 2013 à l'occasion de l'inauguration du nouveau chai du lycée agricole, seul lycée public viticole en Pays de la Loire. Cet établissement public dont il fut le fondateur en 1967 porte depuis le nom de celui qui a transformé et modernisé l'agriculture en faveur des jeunes d'aujourd'hui. Et Edgard Pisani, dont l'émotion l'emportait sur la vanité de clore cette inauguration en ces termes : « Les collèges et lycées doivent être des lieux de formation permanente. La question fondamentale aujourd'hui est : le monde peut-il nourrir le monde ? Nous vivons une vraie crise alimentaire : il meurt plus d'humains du fait de la faim que des guerres. Les collèges et lycées agricoles ont pour responsabilité les équilibres alimentaires et la protection de l'environnement. » Depuis, nombre d'établissement agricoles portent son nom en France. "C'est le père fondateur de l'enseignement agricole" ne manque pas de signifier Valérie Lepage, proviseur du lycée montrauillais.
En mai 2015 à l'Abbaye Royale de Fontevraud, à l'occasion d'une soirée débat organisée par son successeur à la Mairie de Montreuil et ami Paul Loupias sur le thème du "Courage en politique", un vibrant hommage fut rendu à ce grand homme politique ( notre article)

"Montreuil Bellay lui doit tout"

C’est donc en 1965 qu’Edgard Pisani, alors Ministre du Général De Gaulle est devenu Maire de Montreuil Bellay. « À l’époque, le général voulait que ces ministres aillent se frotter au suffrage universel », relate son successeur à la mairie et ami, Paul Loupias (Maire de 1975 à 2010). Et de continuer « Pour la petite histoire, au départ, il avait jeté son dévolu sur Angers. Sauf que la sociologie angevine ne le voyait pas ainsi, la ville ne semblant pas adaptée à son profil ! » Dès lors, l’un de ses fils résidant à Parnay, il a cherché une petite commune située à 15 km à vélo, et ce fut Montreuil Bellay. Il a été élu sans ambages, ce qui fut pour la commune un vrai choc de culture d’autant qu’il était Ministre en exercice. Et après, les choses sont allées très vite : A son actif, le judicieux regroupement des communes de Montreuil et de Méron, commune sur laquelle se situait un ancien camp américain tout équipé, le visionnaire Pisani y voyant là une zone de développement économique et un espace industriel. Autre orientation, donner du dynamisme à la vie locale, "mais les équipements à Montreuil, c'était zéro !". Ainsi en 1967, c’est la création du collège agricole de Montreuil Bellay, 1er établissement public agricole en France, qui depuis 2009 porte le nom de celui qui a transformé et modernisé l’agriculture en faveur des jeunes d’aujourd’hui. En 2013, Edgard Pisani était présent en terres montreuillaises à l’occasion de l’inauguration du nouveau chai de l’établissement. Dans un discours, dont l’émotion l’emportait sur la vanité de clore : « La question fondamentale aujourd’hui est : le monde peut-il nourrir le monde ? Les collèges et lycées agricoles ont pour responsabilité les équilibres alimentaires et la protection de l’environnement. » La mandature Pisani, c’est aussi le lancement du quartier de la Herse, « véritable caléidoscope en matière de modes d’urbanisation et de modes de construction ». Pour Paul Loupias, aucun doute : « Montreuil lui doit tout, à la fois sur le plan des infrastructures que sur le plan de la vie quotidienne des habitants. Sa gouvernance fut parfois abrupte mais les choses ont très vite évolué avec l’arrivée d’entreprises et de populations. Ici, il a bouleversé la vie ! » Et c’est plein de respect et d’admiration que Paul Loupias conclut : « Il est revenu à plusieurs reprises à Montreuil, ayant toujours eu une affection particulière pour cette commune qu’il trouvait belle mais aussi parce qu’il sentait qu’il avait changé le cours des choses, ce qu’il a toujours aimé le plus faire. »
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François Hollande rend hommage à "un esprit visionnaire"

Dans un communiqué de l'Elysée, François Hollande a rendu hommage à Edgard Pisani. Le président de la République salue " un esprit visionnaire, un réformateur ardent et un républicain détaché des querelles partisanes" (...) "un résistant courageux qui avait libéré Paris les armes à la main et fit le choix de se consacrer au service public". Au ministère de l'Agriculture, "il fit entrer le monde rural dans la modernité. Inspirateur de la politique agricole commune, il avait compris que c'est en faisant le choix de l'Europe que la France serait plus forte". "En 1966, il réunit le ministère de la Construction et le ministère des Travaux publics et des Transports pour former le ministère de l'Equipement."(...) "Il rejoignit le parti socialiste en 1974. Et en 1981, il fut nommé Commissaire européen. En 1984, la crise en Nouvelle-Calédonie justifie qu'il rentre au gouvernement pour contribuer à la recherche d'une solution d'apaisement que Michel Rocard, plus tard, parvint enfin à trouver et à mettre en œuvre." (...) "Edgard Pisani croyait au progrès, à l'action politique, au dialogue des cultures. Sa longue expérience de l'Etat et sa haute stature morale en faisaient une voix écoutée au-delà de la France."

Conformément à sa volonté, la cérémonie d’adieu se déroulera dans l’intimité familiale aux Invalides. Le lycée agricole de Montreuil Bellay lui rendra un hommage.

(1) L'intégralité du discours à télécharger en PDF ci-dessous

> Lire la suite de l'article en cliquant sur le PDF joint.

Article du 21 juin 2016 I Catégorie : Vie de la cité

 


10 commentaires :


Commentaire de bernadette fourré-jousselin 21/06/2016 17:17:59

En contemporaine, mon désir était de le connaître, sa vie et ses états de service je connaissais, mais l'entendre , je le voulais, et croyez moi je n'ai pas regretté , grand bonhomme, dignité, honnêteté il était tout cela, ce qui manque à toute notre politique. On ne peut qu'être triste de son départ, et je le suis. J'adresse de nouveau mes sincères condoléances à toute sa famille



Commentaire de goiis 21/06/2016 19:28:44

Mr Pisani fut ,entre autrescréateur de la SAFRE,société mixte participant à la mise en valeur des friches de l'est(haute Marne)de meme qu'il parraina la création du CIFEA d'Angers,école visant à améliorer la formation générale et économique du monde agricole,Ce grand Batisseur au style "aérien" nous manquera beaucoup! Respect.....Condoléances à toute sa famille



Commentaire de Youri Beauchard 21/06/2016 20:11:31

Quel MONSIEUR ! Edgard Pisani a toujours été à la hauteur de ses responsabilités et c'est avec courage, détermination et audace qu'il a mené toutes ses missions. Visionnaire et défenseur des valeurs morales il laisse derrière lui un parcours monumental. Je rejoins Mme Fourré-Jousselin bien inspirée de dire que nos politiques actuels manquent d'honnêteté : grande qualité de Mr Pisani Sa famille, à qui j'adresse mes très sincères condoléances peut être très fière de lui. Respect Mr PISANI



Commentaire de Maryvonne Favrot 21/06/2016 21:38:25

Monsieur Edgard Pisani , un grand homme , un grand bonhomme comme le dit si bien Mme Bernadette Fourré-Jousselin, et elle a tout dit , dignité, honnêteté. Cet homme a transformé Montreuil-Bellay d'une main de Maître au cours de son mandat de Maire Le Lycée Agricole est une de ses oeuvres . Respect à vous Mr PISANI ;J'adresse toutes mes condoléances à sa famille .



Commentaire de Quel parcours! 22/06/2016 10:22:12

Je ne connaissais pas tout son parcours mais quel parcours! Bien peu de politiques actuels peuvent prétendre à une telle conviction en ce qu'il faisait, au nom de l'amour pour la France et de ses concitoyens avec honnêteté et sincérité et des croyances en des valeurs qui disparaissent à la vitesse grand V! Et je reprendrai son expression directe : "le jour où la morale est trop éloignée de la politique, la politique ne vaut plus rien." // Condoléances à tous ses proches.



Commentaire de Edouard Pisani-Ferry 22/06/2016 19:04:01

A Mesdames Fourré-Jousselin et Favrot, à Monsieur Beauchard, @goiis et @Quel parcours, je vous envoie tous mes remerciements les plus émus pour vos témoignages qui me touchent profondément.



Commentaire de Quel parcours! 22/06/2016 21:05:43

Merci à vous M.Edouard Pisani-Ferry mais quand un homme mérite reconnaissance il faut aussi savoir le dire. Cordialement



Commentaire de arthur 23/06/2016 15:05:03

SAGESSE Liste des auteurs EDGAR PISANI « Il y a quelques semaines, je célébrais mon évasion d'un camp d'internement, le 60 ème . Dans quelques semaines, je célèbrerai dans mon coeur la bataille de la libération de Paris à laquelle j'ai participé. Ainsi, ma vie d'homme de votre âge a été marquée par les malheurs du temps. Et pourtant, j'appartiens à une génération heureuse. Le combat que nous avons mené pendant la guerre avait un sens qui nous conduisait à la libération du territoire, qui nous permettait de récupérer notre sol, de devenir à nouveau responsable de notre destin. Et puis, la victoire une fois acquise grâce aux alliés, est venu le temps de la reconstruction et de la construction. Et tout ce que nous faisions avait un sens. Remettre le pays en état d'occuper la place que grâce au Général de Gaulle il avait gardé, grâce à la résistance aussi. Et puis sont venues « les 30 Glorieuses » comme un courant très fort par lequel nous nous sommes laissés porter pour construire, pour développer, pour inventer, pour multiplier les enfants... et nous n'avons jamais douté et nous nous sommes jamais interrogés. Nous travaillions au gré des jours avec la certitude que les choses iraient de mieux en mieux. Le monde, lui-même, qui était arrivé à bout des dictatures était maintenant partagé entre l'Occident qui se réclamait d'une démocratie libérale et l'Union Soviétique qui prétendait régir le monde au gré d'une loi stricte et d'une économie administrée. Et l'Europe a été au début un théâtre de développement et bientôt un théâtre d'opérations dans la lutte entre l'Occident et l'Orient. Et l'idée est née de construire l'Europe. L'idée est née de faire en sorte que cet Occident européen qui avait été divisé par les guerres de religions, puis par toutes les autres guerres, les napoléoniennes et les autres ; l'idée que le temps était venu qu'il soit en paix ! L'Europe est née et j'ai eu le très grand bonheur de négocier la Politique Agricole Commune. Et puis, le temps est venu de la crise du pétrole en 1973 ; le temps est venu donc, du ralentissement de ce mouvement merveilleux qui nous avait emporté. À partir de là, le monde est devenu moins compréhensible. Il n'était plus divisé en deux bientôt ; il n'était plus en mouvement comme pendant une génération ; il multipliait ses découvertes techniques ; il était lancé dans une concurrence éperdue ; nos alliés d'hier étaient nos concurrents d'aujourd'hui. Et ainsi, le monde est devenu pour nous inintelligible, ce monde dans lequel vous êtes nés, dans lequel vous vivez maintenant. En sommes-nous responsables ?... sans doute. Sommes-nous les seuls responsables ?... peut-être pas. Et puis, nous voyons aujourd'hui l'Amérique qui se lance dans des aventures incompréhensibles et dangereuses ; la Chine et l'Inde, l'Amérique latine qui se sentent comme des démangeaisons de puissance, qui se lancent dans un développement éperdu au risque de bouleverser leurs équilibres agricoles. Il y a entre ces 3 entités, quelque chose comme 2 milliards et demi de paysans. Dans le mouvement tel qu'il est lancé en Chine par exemple et déjà en Inde, 25 millions de paysans chinois sont allés s'installer dans les villes l'année dernière. Et d'après les prévisions des économistes chinois, il y aura 400 millions de chinois ruraux qui iront s'installer dans les villes sans que jamais personne puisse imaginer ce que l'on fera d'eux... et tout le monde s'émeut, à la fois parce que la Chine pourrait ne plus être équilibrée en termes alimentaires mais aussi parce que ceux qui, des campagnes vont dans les villes, vont devenir des ouvriers de l'industrie qui vont fabriquer des automobiles, des ordinateurs, des frigidaires, du textile, et l'équilibre économique du monde risque d'en être affecté. Pendant ce temps-là, l'Afrique sombre. La pauvreté devient misère et la faim tue. Le monde arabe est comme frappé d'hébétude. Pourtant, il prépare des lendemains où il sera exigeant et nous ne saurons comment le traiter. Et pendant ce temps-là, l'Europe bafouille. Oui, l'Europe bafouille. Elle s'élargit sans être sûre d'elle-même. Elle s'élargit sans savoir quel modèle elle prétendra faire adopter par l'ensemble des peuples qui la constituent. Elle s'élargit alors que sur les sujets essentiels, elle a été divisée il y a quelques semaines seulement. Et c'est dans ce monde inintelligible pour beaucoup, inintelligible pour moi en particulier, j'ose l'avouer ; c'est dans ce monde que vous ambitionnez de prendre vos responsabilités. Je voudrais maintenant essayer de vous dire quels sont, posés autrement, les problèmes que je viens de poser. Dans ce monde tel que décrit, l'économie est triomphante. Elle n'a d'objet que le profit ; elle n'a d'objet que la conquête. Elle a comme complice la science à laquelle elle demande des miracles que la science accomplit au risque de compromettre ce qu'il y a de plus sacré pour nous, c'est-à-dire la vie, c'est-à-dire l'être humain. En face de l'économie et de sa complice la science, en face de cette dynamique extraordinaire qui ne pourra pas être remplacée, la société est sans voix et fractionnée. Chacun prend position à sa manière et de ce fait, le politique devient bientôt impuissant car il devient l'instrument de négociation d'intérêts qui divise les grandes puissances. Quel avenir ? L'avenir ne viendra pas d'une révolution qui me paraît tout à fait improbable et que je ne souhaite pas. L'avenir doit venir du développement de la capacité de la société à se définir et à se définir par rapport à ce qui la limite aujourd'hui. Et singulièrement, ce qui la limite aujourd'hui, c'est peut-être la politique. En effet, au moment de la Révolution Française, au pouvoir souverain du Roi, on a substitué le pouvoir souverain de la Nation. Mais la Nation était un concept tout neuf et l'Etat Républicain a été comme l'héritier de l'Etat Royal. On a donné la parole aux citoyens à la condition qu'ils donnent un mandat souverain aux députés qu'ils élisaient et bientôt, la politique est devenue un combat électoral. Je ne dis pas, je ne pense pas, je n'ai jamais cru que la politique n'était qu'un combat électoral ; je pense qu'aujourd'hui, les choses sont telles qu'en définitive, aux yeux des citoyens que vous êtes, aux yeux du vieil homme que je suis, ce qui triomphe dans la politique, c'est ce combat pour le pouvoir sans que ceux qui le réclament soient capables de dire ce qu'ils en feront. Et c'est là que commence votre responsabilité ; votre responsabilité parce que la vôtre, parce que vous tentez de donner conscience à la génération que vous constituez, à cette fraction de la société globale que vous représentez ; de lui donner conscience de ce qu'elle est une force et que cette force doit s'exprimer. Et Je reviens à ce que je disais à l'instant : Il faut que la société affirme, face à l'économie triomphante et dangereusement triomphante quoique positive à bien des égards, les exigences de la nature et des êtres humains. C'est dans la mesure où vous serez capables d'articuler des idées claires sur les problèmes de l'environnement, sur les problèmes des sociétés rurales, sur les problèmes de l'alimentation, sur le problème de la faim dans le monde, sur le problème de l'organisation des sociétés ; c'est dans cette mesure et c'est dans cette mesure seulement, que vous serez utiles. On m'a demandé de vous apporter l'espoir et je vous annonce le combat, je vous invite au combat ! Il faut que vous vous battiez à l'échelon local comme on vous le disait tout à l'heure, pour que chacun y ait sa place. Il faut que vous participiez au combat global de la société globale dans le monde global afin que la nature et que la société des hommes et des femmes soient écoutées et respectées. Lancez-vous dans le combat ! Et de grâce, ne haïssez jamais l'adversaire, combattez-le ! Ne méprisez jamais celui que vous assistez ; aidez-le ! N'oubliez jamais le village dont vous êtes, aimez-le ! Ne condamnez, n'oubliez jamais la France dont vous êtes ! Contribuez à sa capacité de rénovation d'elle-même ! Ne vous laissez pas irriter par l'Europe parce qu'elle est impuissante ; le jour viendra où elle se construira. Aimez le monde car c'est votre berceau ! » Discours d'Edgar Pisani, le 10 juillet 2004, au rassemblement national du MRJC à Vannes --------------------------------------------------------------------------------



Commentaire de Edouard Pisani-Ferry 23/06/2016 17:13:31

Oh, quel magnifique discours, que je ne connaissais pas ! Merci beaucoup, Mr Arthur. C'est tout à fait mon Père. Pourriez-vous me dire d'où vous avez fait le copier-coller ? Vifs remerciements par avance



Commentaire de arthur 24/06/2016 07:38:41

pour édouard.bien a toi et ta famille. http://famille.delaye.pagesperso-orange.fr/Sagesse/episani.htm


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