Mardi 07 Décembre
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VIE DE LA CITÉ

La chronique de Yolande Mille #21 : l'agentivité et la conscience de l'auto-efficacité

Avec la crise sanitaire, le kiosque avait demandé à Yolande Mille de traiter d'un sujet lié à la période difficile que nous traversions. La psychanalyste clinicienne saumuroise continue de temps à autre à aborder différents sujets. Aujourd'hui, pour son 21è sujet, elle poursuit le thème de l'agentivité qui replace l'homme au coeur de son action.

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Dans un article de cet été (relire ici), a été évoquée la possibilité que nous ayons besoin, au sens strict du mot « besoin », d'un sentiment d'auto-efficacité, besoin de percevoir que nos actes ne tombent pas dans le vide, besoin d'un sentiment d'efficacité personnelle sur les autres et les évènements de notre vie. A été évoquée la possibilité que nous ayons perdu la conscience de ce besoin. Dans le même article, a aussi été envisagé que les gestes barrière (vécus comme volonté de protéger l'autre), et la vaccination (vécue comme l'acceptation d'être responsable dans le refus d'exposé sa propre vie au danger de mort), étaient peut-être les deux traces encore visibles de ce besoin d'être efficace dans la gestion de sa propre vie, son propre corps et dans sa présence aux autres.
Mais le mot « agentivité » n'a pas complètement été élucidé. Qu'apporte de plus ce mot, au besoin d'auto-efficacité ? L'agentivité est tout simplement la fluctuation, les hauts et les bas, du sentiment d'auto-efficacité.

Réussir ses actes

En quoi est-il important de considérer ses variations ? Parce que ces variations n'arrivent pas toutes seules et le sentiment d'auto-efficacité ne tient pas tout seul. Il faut le faire tenir. Qu'est-ce que cela veut dire ? Cela veut dire que notre capacité à réussir ce qu'il faut faire n'est pas une donnée naturelle. Nous pouvons avoir naturellement besoin de nous sentir efficaces dans nos vies, mais la capacité à réussir, elle, n'est pas donnée naturellement. De cet écart entre un besoin inhérent à la nature humaine et une capacité à réussir les actes entrepris, qui elle ne serait pas naturelle, viennent peut-être les éternels problèmes de manque de confiance en soi ?...Nous nous poserons la question du sens de cette fameuse « confiance en soi » dont tout le monde parle, et de son manque qui occupe tout autant sinon plus, dans un prochain article !

De l'auto persuasion ?

Pour l'instant, essayons déjà de savoir comment développer notre capacité à réussir dans nos vies les actes qu'il faut faire et que l'on tente de faire ? Comment s'assurer d'un sentiment d'efficacité personnelle ? S'agirait-il d'entretenir une certaine image de soi au sens de l'imagination ? S'agirait-il de se convaincre soi-même d'être efficace dans sa vie ? L'auto-efficacité serait-elle une forme d'auto-persuasion : un beau mensonge à soi-même avec un effet placébo ?
Albert BANDURA (synchronicité réussie : décédé le 26 juillet 2021) qui a consacré son parcours de chercheur universitaire émérite et de professionnel de santé, à comprendre ce besoin cérébral d'auto-efficacité, a posé clairement le résultat de ses recherches. Un sentiment d'efficacité personnelle ne peut avoir lieu et ainsi répondre aux besoins cérébraux inconscient et conscient que nous en avons, que si l'on en fait l'expérience directe. Ce Canadien professionnel de la santé mentale n'a pas eu peur d'utiliser le lexique qui en France est critiqué, à savoir le mot de « maîtrise », mais il le définit précisément. Nous avons un besoin naturel de maîtrise et il ne peut être satisfait que par un sentiment de maîtrise, qui lui passe par nos actes réels. Il n'est pas question ici d'une maîtrise des évènements au sens familier du terme, c'est-à-dire au sens où nous tiendrions entre nos mains les évènements de nos vies, mais d'une maîtrise au sens de son étymologie grecque (modifier) où nous pourrions percevoir suffisamment régulièrement que nous réussissons à impacter, à agir sur, à influencer, les évènements de nos vies, grâce aux actes que nous effectuons pour ce faire.

Modifier par nos actes

Comment percevons-nous que nous avons modifié les évènements par nos actes et que donc, quelque part, finalement, nos actes correspondaient à ceux qu'il fallait faire ? Toujours par le même processus : 1-2-3. 1– Nous commençons par prendre en compte avec une certaine lucidité l'existence d'obstacles ; puis 2– nous décidons de la persistance de nos efforts et de l'orientation que nous donnons à cette persistance ; enfin 3– nous avons conscience des modifications réelles que nos actes agissant sur l'obstacle, ont fait advenir. Malgré le ou les obstacles réels, de nouvelles données, « des choses », sont advenues en lien avec ce qui était initialement visé.

L'efficacité personnelle

Évidemment, nous viennent déjà en tête les situations où les modifications advenues du réel, nous ont littéralement surprises, car elles ne ressemblaient en rien avec ce que nous attendions. Nous viennent encore bien plus à l'esprit les situations dont nous dirions que rien n'est advenu, voire pire, tous ces exemples où nos efforts persistants ont généré le contraire de ce qu'il fallait, autrement dit ce que nous nommons l'échec. Ces situations évoquent un besoin d'efficacité dont l'élan est meurtri, un sentiment d'efficacité personnelle qui douloureusement deviendra caduc. Inutile alors de se raconter le réel autrement, de se mentir à soi-même, ni même d'espérer un précieux déni, puisque ce sentiment d'efficacité pour exister réclame l'observation de l'issue de nos actes persistants. On ne peut pas ressentir le sentiment d'efficacité personnelle en essayant d'en fabriquer le mirage mental jusqu'à en espérer la croyance. C'est à cet endroit-là que BANDURA nous propose de comprendre ce qu'est l'Agentivité : le sentiment d'efficacité personnelle qui peut croître, tout aussi bien que décroître, jusqu'à disparaitre (une des causes des malaises chez les adolescents, une certaine notion de la dépression chez les adultes et la cause de certaines tentatives de suicide).

Partir de l'échec

Beaucoup d'ouvrages nous proposent de commencer par ressentir comme réel ce que nous voulons obtenir un jour dans le futur. Peut-être cela fonctionne-t-il ? Mais n'oublions pas qu'il faut certainement pour cela un degré d'inquiétude assez faible. BANDURA nous propose de prendre le point de départ inverse, celui qui nous permet de partir des mauvaises conditions psychiques (insécurités) pour se relever. Comment depuis le réel, comprendre ce qui fera advenir le sentiment d'efficacité personnelle, afin d'aller en chercher les pierres de construction, puis de l'entretenir ? Il met à jour quatre pierres : l'histoire personnelle (la chance d'avoir vécu jeune et mémorisé jeune notre propre efficacité venue nous surprendre dans nos tentatives presque irréfléchies), les expériences vicariantes (avoir été témoins de personnes qui tels des modèles ont effectué devant nous les comportements à acquérir), les retours verbaux des autres (qui sont les éléments sur lesquels nous pouvons le moins compter, car trop aléatoires), la dissociation émotionnelle à réaliser absolument (se rendre compte que l'on prête nous-mêmes à nos peurs, à nos moments de trac, à nos anxiétés diverses, un pouvoir d'annoncer une prédisposition à l'échec alors qu'effectuer l'acte en leur compagnie ne prédispose en rien psychologiquement à l'échec).

Peut-être n'avons-nous que trop peu dans notre vie la première, nous pouvons chercher autour de nous la seconde. Peut-être la troisième fait-elle bien trop défaut, nous pouvons assurément entreprendre la quatrième. Ce qui est sûr c'est que ces quatre pierres de touche sont à l'origine des baisses, du maintien ou de l'augmentation de notre sentiment d'efficacité personnelle. C'est grâce à elles, ou à cause d'elles (tout dépend du réel que nous choisissons de sélectionner) que la réalité, va, dans notre esprit, notre cerveau, fabriquer une croyance ressentie. C'est à cet endroit-là que le réel et la croyance et le futur de notre efficacité se rencontrent.

Yolande Mille : 06 78 27 95 28 - site : yolande-mille.com


(1) Les _ précédentes chroniques :
- #1 - 06/11/2020 : Les conseils de Yolande Mille. Confinement. Que faire si on a peur d'être avec soi même ?
- #2 - 13/11/2020 : Les conseils de Yolande Mille. Confinement. La difficulté de vivre en couple.
- #3 - 20/11/2020 : Les conseils de Yolande Mille : Covid 19 et la peur de mourir
- #4 - 27/11/2020 : Les conseils de Yolande Mille : Quelle relation à l'autre avec le masque
- #5 - 05/12/2020 : Les conseils de Yolande Mille : Comment vivre la Covid quand on a 20 ans ?- #6 - - #6 - 12/12/2020 : Les conseils de Yolande Mille : Comment accepter les décisions du gouvernement

- #7 - 20/12/2020 : Les conseils de Yolande Mille : Contre la Covid, faut-il contraindre ou laisser le libre choix ?
- #8 - 08/01/2021 : Les conseils de Yolande Mille : Comment réussir à accepter de différer ses projets
- #9 - 18/01/2021 : La chronique de Yolande Mille : Les jeunes peuvent-ils encore croire en l'avenir ?

- #10 - 27/01/2021 : La chronique de Yolande Mille : Que faire face à l'inceste ?
- #11 - 07/02/2021 : La chronique de Yolande Mille : Théorie de Marshmallow. Un gain avec le confinement ?

- #12 - 14/02/2021 : La chronique de Yolande Mille : Quelle "vie" nous attend si la pandémie dure ?
- #13 - 28/02/2021 : La chronique de Yolande Mille : refuser le confinement et laisser partir les plus faibles ?
- #14 : 16/03/2021 : La chronique de Yolande Mille : Les limites liées au Covid finalement nous humanisent !
- #15 : 07/04/2021. La chronique de Yolande Mille : Quel engagement à l'autre avec le vaccin ?
- #16 : 01/05/2021 : La chronique de Yolande Mille. Quel est le temps réel de la pandémie ? Subjectif ?
- #17 : 17/05/2021 : La chronique de Yolande Mille : on va enfin se revoir. Savions nous le faire ?
- #18 : 13/06/2021 : La chronique de Yolande Mille : plus d'anxiolitiques durant la pandémie. Pourquoi et comment ?

- #19 : 11/07/2021 : La chronique de Yolande Mille : Comment faire pour que disparaisse la colère de l'autre ?
- #20 : 01/08/2021 : La chronique de Yolande Mille #20 : Un curieux mot qui nous concerne : l'Agentivité !

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