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Réduction du glyphosate : les vignerons du Saumur-Champigny ont deux longueurs d'avance

L'usage de cet herbicide controversé vient d'être restreint. Mais les producteurs de l'appellation Saumur-Champigny ont déjà limité son utilisation. Notamment avec l'interdiction du désherbage chimique entre les rangs de vigne…depuis 2008.

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©DuRoStudio


Nouvelles restrictions pour l'utilisation des désherbants à base de glyphosate. "Les céréaliers, producteurs de colza, les spécialistes de l'arboriculture fruitière ou encore les viticulteurs vont devoir changer leurs pratiques", annonce l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses). Dans le Saumurois, cette annonce récente concerne notamment les vignerons qui appliquent déjà en partie les mesures demandées.

Dose maximale réduite

La première interdit d'utiliser du glyphosate entre les rangs de vigne. L'alternative étant le maintien de l'herbe ou le désherbage mécanique.
Sauf quand le désherbage mécanique n'est pas envisageable : pour les vignes en forte pente ou en terrasses, les sols caillouteux ou la vigne-mère de porte-greffes.

Pour ce qui reste possible de traiter - le cavaillon, c'est-à-dire l'espace situé au pied des vignes - la dose annuelle maximale sera restreinte à 450 g par hectare. « Les applications étant limitées à 20 % de la surface de la parcelle», il s'agit d'une « réduction de 80 % par rapport à la dose maximale actuellement autorisée », dixit l'Anses.

Des restrictions déjà imposées par l'appellation

Sur ces deux points, les vignerons possèdent déjà deux longueurs d'avance. « Le désherbage chimique entre les rangs a été interdit dès 2008 par le cahier des charges du Saumur-Champigny. La fédération viticole a ensuite étendu l'interdiction à toutes les appellations d'Anjou-Saumur, il y a deux ans », rappelle Antoine Véron, viticulteur à Varrains.

Désherbage mécanique

« Il existe en effet une alternative : soit recourir au désherbage mécanique, soit laisser un couvert végétal dans les rangs », précise Marie-Anne Simonneau, chef de projet pour le syndicat des producteurs du Saumur Champigny. Aujourd'hui, les tracteurs sillonnent les parcelles avec de petites herses et autres outils pour dégager les rangs. D'autres exploitants laissent pousser l'herbe. Pour ce qui est de l'option « enherbement », certains préfèrent planter des variétés spécifiques, qui poussent près du sol et empêchent les grandes herbes folles de proliférer, sans risquer de consommer trop d'eau au détriment de la vigne."

40% des vignerons en bio ou en conversion

Les quelque 1 400 hectares de Saumur-Champigny ont aussi levé le pied sur les pesticides pour une autre raison : 40% des vignerons affichent le label bio ou sont actuellement en conversion pour l'obtenir. « D'ici 3 ans, je pense que plus de la moitié des vignes seront cultivées en agriculture biologique », prédit même Régis Vacher, producteur à Turquant. Cumulés, les domaines certifiés bio et HVE ( « Haute Valeur Environnementale ») représentent 60% des producteurs.

Un virage entamé en 2004

Le résultant d'un gros travail mené depuis 2004 par le syndicat des producteurs afin de favoriser la biodiversité. « L'idée de départ était d'augmenter la diversité végétale. Le syndicat a commencé a planté des haies dans le vignoble, par exemple. Puis a proposé l'enherbement dans les vignes pour que les insectes, les araignées, les oiseaux et autres animaux, puissent y trouver de la nourriture, rembobine Marie-Anne Simonneau. Il s'agissait de lutter contres les insectes nuisibles pour la vigne (NDLR : en offrant un garde-manger aux prédateurs naturels de ces insectes). Mais cela a aussi permis d'accompagner les vignerons vers un usage raisonné des traitements. »

Même si elle n'a jamais été précisément chiffrée, la quantité d'insecticide « a fortement baissé depuis 2004 », estime Antoine Véron, par ailleurs membre du conseil d'administration du syndicat de Saumur-Champigny.

D'autres herbicides toujours utilisés

Certes, la nouvelle réglementation de l'Anses, n'interdit pas l'usage du glyphosate au pied des vignes. Mais des producteurs confient que la réduction des doses maximales réduira cependant l'efficacité du produit. Un produit controversé notamment depuis qu'il s'est vu classé comme substance “probablement” cancérigène en 2015 par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), qui dépend de l'OMS. L'Anses n'interdit pas, non plus, d'utiliser un autre herbicide. « On va enlever du glyphosate mais pas forcément du désherbant » craint le viticulteur bio Régis Vacher.

« Une charge de travail en plus »


Le changement de pratiques se heurte en effet à plusieurs obstacles. « C'est une charge de travail supplémentaire », souligne notamment Antoine Véron, qui réfléchit aux actions à mettre en œuvre dans son exploitation. Sans compter qu'on a un gros souci avec les tractoristes… on n'en trouve pas ! » Et lorsqu'on en trouve, cela a un coût. Avec les nouvelles mesures, désherber mécaniquement ne serait-ce que le cavaillon de ses 42 hectares de vignes, exigerait d'employer « deux conducteurs de tracteur à l'année, quand un litre de glyphosate coûte environ 35 euros ». Une option qui conduirait vers un renchérissement du prix de la bouteille de vin.

Clivage générationnel

« Mais globalement, même si des ‘désherbants de contact' restent accessibles, la principale alternative au glyphosate retenue par les exploitants locaux sera la désherbage mécanique » veut toutefois croire le Saumurois. Un choix qui devrait varier selon les générations. « Certains viticulteurs qui arrivent à la retraite ne vont sans doute pas prendre le tournant. Mais du côté des jeunes ce sera plutôt l'inverse, estime Antoine Véron. Aujourd'hui, j'entends des enfants de viticulteurs dire à leurs parents : ‘ Ok, je vais reprendre l'exploitation... Mais à condition que tu sois passé au bio quand j'arrive.»

4 commentaires :


Commentaire de ESNAULT Bernadette

08/11/2020 12:16:36

Je trouve que les enfants de viticulteurs ont raison de reprendre l\'exploitation de leurs parents à condition de faire du bio c\'est leur avenir, oui le vin sera plus cher mais nous pouvons en consommer moins mais de meilleur qualité et tout le monde s\'y rertouve



Commentaire de Enfin.

08/11/2020 14:04:14

Que de mensonges....les viticulteurs continuent à utiliser ce produit nocif, pourquoi prétendre le contraire ?



Commentaire de JEAN PIERRE BOIS

08/11/2020 15:00:01

C est super que des vignerons agissent de cette façon , surtout dans cette circonscription où la députée a voté pour une continuation du glyphosate.



Commentaire de La sauterelle

10/11/2020 11:20:24

Virevoltant de haies en haies, je constate que ces haies manquent d'un sérieux entretien (herbe haute, arbrisseaux morts non renouveler) la prime a été bonne pour la mise en place mais pas le suivis, de plus un petit coup de traitement en passant. super reportage de FR3 pour le lancement des plantations, mais après?????



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