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VIE DE LA CITÉ

Point de vue. Notre démocratie est-elle en péril ? Et notre République ?

En paraphrasant le journaliste des Echos Nicolas Beytout, la journée du 28 juin dernier, second tour de l'élection municipale fut « une mauvaise journée pour la démocratie ». Elle remet en cause bien des préceptes fondateurs. Point de vue selon notre chroniqueuse, Julia Martin.

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Du grec ancien dêmos, peuple, population d'un pays (mais aussi le territoire appartenant à une communauté), et kratos, pouvoir, autorité, la démocratie est le régime politique qui répond aux principes de souveraineté et d'égalité, à savoir dans lequel le pouvoir est détenu ou contrôlé par le peuple, sans qu'il y ait de distinctions dues la naissance, la richesse, la compétence. On parle donc de pouvoir du peuple, de gouvernement du peuple. Abraham Lincoln, président des États-Unis de 1860 à 1865, aurait un jour déclaré que la démocratie était « le gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple. »

Notre démocratie est-elle encore légitime ?

En règle générale, les démocraties sont indirectes ou représentatives, le pouvoir s'exerçant par l'intermédiaire de représentants désignés lors d'élections au suffrage universel, instituant ainsi le principe de légitimité. Dès lors que les représentants ne sont plus élus que par une minorité de la population, peut-on encore parler de légitimité les concernant et donc de démocratie ?
C'est la question qui tourne en boucle dans de nombreux média, suite au très faible taux de participation au dernier scrutin municipal, qui s'est accentué au second tour.
Dans un article de L'Opinion, le journaliste Nicolas Beytout parle d'une « mauvaise journée pour la démocratie (…) Le scrutin de ce dimanche 28 juin est un désastre démocratique. Jamais l'abstention n'aura été aussi élevée lors d'une élection de cette dimension. Et jamais elle n'aura eu autant de signification. »

« Des citoyens en déshérence »

Natacha Polony, directrice de Marianne parle quant à elle de « tripatouillages, abstention et citoyens en déshérence ». Et d'expliquer : « Scrutin municipal déserté, calendrier des régionales bidouillé... Plus personne ne semble s'en émouvoir. Nous devrions pourtant nous scandaliser, et comprendre le danger qu'il y a à laisser tant de citoyens en déshérence (…) Pourtant, les aspirations à davantage de démocratie n'ont jamais été exprimées avec autant de force. Au contraire de ce que prétendent les commentateurs pavloviens, les citoyens ne rêvent absolument pas d'un pouvoir fort, d'un régime autoritaire. Ils veulent avant tout être entendus. Ils aspirent à des élus qui les représentent vraiment, c'est-à-dire qui mènent une politique conforme à ce que souhaite une majorité du peuple. Mais ils n'ont qu'à aller voter, répondent certains. Ceux qui s'abstiennent admettent que les autres choisiront pour eux, ils n'ont donc plus rien à dire, et surtout pas à réclamer contre le résultat des élections. Fermez le ban. Il faut être aveugle pour ne pas voir que les choses sont plus compliquées. La crise de la démocratie représentative trouve son origine dans l'impression, chez de nombreux citoyens, que, quel que soit leur vote, les politiques menées seront les mêmes, et que tous ceux qu'on propose à leurs suffrages se rallieront aux mêmes intérêts. »

Un peu d'histoire idéologique (source Maryvonne Longeart « La politique, la société et l'état »)

Jusqu'au XVIIIe siècle, le terme avait une connotation péjorative sous l'influence de Platon et Aristote, opposés aux sophistes. Les sophistes pensaient que tous les hommes possédaient en principe la « politike techne », c'est-à-dire l'art du jugement politique et l'art de gouverner. Platon et Aristote au contraire prétendaient que seule l'élite (« aristoï », les meilleurs) naturellement supérieure avait cette capacité. (Thèse d'Aristote sur l'esclave par nature: certains naissent pour obéir, d'autres pour gouverner).
Rousseau, en tant que démocrate, critique la théorie d'Aristote (Du Contrat social, Livre I, ch. 2 et 3). La conception rousseauiste du contrat social peut être considérée comme l'énoncé des conditions de possibilité théoriques de la démocratie. Le pouvoir qui émane du peuple est aussi exercé par le peuple. À la limite, il doit y avoir complète coïncidence entre les gouvernants et les gouvernés. (Thèse de la volonté générale dans Du Contrat social de Rousseau.) Le problème est que la démocratie directe qui seule réalise cette exigence n'est possible que dans de très petites communautés. Toutes les démocraties modernes sont représentatives, c'est-à-dire que le pouvoir n'est pas exercé par le peuple mais par les représentants du peuple. À la question « par qui? » il faut répondre non pas « par tous » mais « par quelques-uns choisis parmi tous ».
À partir du XVIIIe siècle, sous l'influence de Rousseau, le terme devient laudatif. Après avoir été une injure, il devient un slogan. Le mot d'ordre « démocratie » domine les débats politiques de notre époque. Même certains régimes totalitaires s'en réclament. Hans Kelsen, dans « La Théorie pure du droit », le terme est utilisé à toutes les fins : « Le mot d'ordre « démocratie » domine les esprits à notre époque d'une façon presque générale. Mais précisément pour cette raison, le mot, comme tout mot d'ordre, perd son sens précis. Par le fait que pour obéir à la mode politique on croit devoir l'utiliser à toutes les fins possibles et en toute occasion. Cette notion dont on abuse plus que de toute autre notion politique prend les sens les plus divers, voire même contradictoires.»

La démocratie un défi à double entrée

Le défi démocratique est bien de réussir à concilier liberté et égalité. Il ne suffit pas en effet de garantir des droits formels, il faut aussi assurer l'égalité des chances. Face à ce problème, il y a deux stratégies opposées :
1. « Garantissons la liberté, l'égalité viendra de surcroît. » C'est l'option privilégiée par les démocraties libérales.
2. « Établissons l'égalité, la liberté viendra de surcroît. » C'est l'option des démocraties socialistes.
On peut constater que jusqu'à présent, le libéralisme radical n'a jamais engendré spontanément l'égalité. Les mesures sociales dans les démocraties libérales sont toujours imposées sous la contrainte d'une législation appropriée. Par ailleurs la liberté attend toujours son heure dans les démocraties socialistes inspirées du matérialisme historique de Marx, du moins celles qui ne se sont pas encore écroulées.

Notre République serait-elle aussi en danger ?

Bref, la démocratie est risquée : elle n'est jamais garantie. En démocratie, la critique du pouvoir qui repose sur la liberté d'opinion et d'expression est essentielle. Mais l'opinion publique est manipulable, d'où l'importance de l'éducation populaire pour toute démocratie authentique. Le vote populaire majoritaire n'est un garant de liberté et d'égalité que si ce vote est un vote éclairé. Alors, serait-ce l'absence d'une vraie campagne au cours de laquelle les candidats à cette fonction de représentation proposent, insufflent, informent, échangent... qui a conduit à ce déni de démocratie au soir de ce 28 juin 2020 ? C'est peut-être un argument facile, mais cela reste un argument. Pour ce qui est de savoir si notre démocratie est en péril, il faut peut-être se reposer la question de la fin d'une ère, du trop politique, terminologie qui n'aurait plus ces lettres de noblesse, à savoir la vie de la cité. Serait-ce aussi remettre en cause notre Ve République, qui repose sur les fondements de la démocratie et son suffrage universel ?

3 commentaires :


Commentaire de CB

01/07/2020 10:28:48

Participation ou Abstention? Le scrutin a 2 tours favorise t il l'abstention? Pour avoir éplucher les résultats des 43 villes sur"Le Parisien" ,pour 41 le 2ème tour ne servait à rien,si ce n'est que pour une répartition des sièges (comme à Saumur!). Une "proportionnelle" serait plus attractive pour les électeurs et plus de mariages entre la carpe et le lapin entre les 2 tours.



Commentaire de La République, un zombie de la monarchie ?

01/07/2020 11:03:32

Le scrutin de ce 28 juin a mis en avant le mouvement écologique. Plusieurs grandes villes comme Lyon et Bordeaux passent au vert. L'éducation environnementale semble avoir été la priorité des campagnes politiques. La propreté des rues et les règles sanitaires seront peut être des vecteurs de la base d'une VIeme République. Cela paraît aussi paradoxal au regard des différents événements civils lors de la I et II République quand l'un des premiers ministres de l'intérieur développe sa propre industrie chimique ( acide chlorhydrique et colorant textile) en faisant fi des multiples pétitions



Commentaire de VLADY BOISSIN

01/07/2020 16:58:47

Peut être si les "politiques" faisaient mieux le taf , il y aurait moins d abstention.



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