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POLITIQUE

Courrier du lecteur : "Changer la vie"

Gilets jaunes... "De manière tout à fait contradictoire les gilets jaunes réclament à la fois plus et moins de solidarité. Plus, pour une foule de revendications visant les minima sociaux, les pensions de retraite, les frais de santé, etc. moins s'agissant des taxes et impôts divers qui seraient devenus insupportables." Le billet de Francis Prior.

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"Pourtant, si la France est championne d'Europe des prélèvements obligatoires, elle l'est d'abord par les prélèvements sociaux qui correspondent en 2017 à 18,8% du PIB (pour 13,3% dans l'Union Européenne). Ces derniers ne sont qu'un salaire différé qui retourne au salarié quand il est malade ou à la retraite. S'agissant de la consommation, le poids de la TVA place la France seulement à la 19ième place de l'UE par contre nous faisons peser sur notre appareil de production une charge plus lourde que dans le reste de l'Union (9,3% du PIB pour 3,8% en Allemagne et 6,5% dans l'UE).

Les contradictions dans les revendications des gilets jaunes affaiblissent la portée de leur action et interdisent au gouvernement d'Edouard Philippe de les entendre, car elles sont inaudibles, tant elles sont confuses et contradictoires. Dire oui à l'une serait dire non à l'autre.
Pourtant, on ne peut douter de la sincérité des personnes, fussent-elles totalement déconnectées de la réalité économique et sociale du monde. Elles sont sincères et leur mouvement aussi désordonnée, contreproductif, puéril et violent qu'il soit recèle une vérité, mais qui me semble autre que celle affirmée.
Elle est moins économique qu'existentielle.

De fait, jamais civilisation n'a connu une telle opulence, fût-ce au détriment de notre planète, alors même que d'autres régions du globe en sont à survivre dans le sens le plus trivial du terme. Mais, jamais non plus civilisation n'a évolué à une telle vitesse, les progrès technico-scientifiques renversent nos repères, déstabilisent notre vision du monde. Les évolutions économiques et sociales liées au développement démographique de l'Asie, de l'Afrique, de l'Amérique du sud nous imposent un nouveau partage de ressources limitées, devenant plus rares encore, un air pollué, des océans salis, une eau potable presque tarie. La rapidité des communications, le traitement de stocks immenses de données nous confrontent à des situations inenvisageables il y a seulement un demi-siècle et au dérèglement de notre relation au monde.

Face à ce déferlement, une peur insidieuse s'est immiscée dans nos consciences. Peur de déclassement, affirment souvent les porteurs de paroles nourris à la sociologie de Bourdieu, mais le désarroi qui s'exprime aujourd'hui est plus profond, il est métaphysique. Le monde qui s'ouvre n'a plus la même grammaire et son alphabet nous est inconnu, on ne sait plus lire le futur immédiat.

La PMA, la GPA cassent notre rapport à la génération, à la généalogie et au sexe. L'intelligence artificielle menace la représentation que nous nous faisons de l'Homme maître de son destin. Les manipulations et l'ingénierie génétiques promeuvent silencieusement un eugénisme douçâtre. Les cultures locales ou nationales se vident de leur originalité au bénéfice d'une civilisation uniforme sur fond de consommation et de publicité anglicisante. Il n'est plus de garant dans notre institutionnalisation, ni Dieu, ni la République, ni le Parti, chacun d'entre eux a disparu dans le siècle achevé, laissant les individus à l'ivresse de leur solitude. On sent confusément que l'Homme est en possession de savoirs merveilleux et terribles que nous ne maitrisons pas.
Prométhée n'est plus enchainé, il est même déchaîné. Chacun, dans son secteur, poursuit par habitude une quête infernale à l'innovation, à un progrès dont on a perdu le sens. Le tout sous menace d'une apocalypse annoncée dont on sent bien que le terme est proche tant notre folie consumériste, la multiplication des humains emportent par pans entiers les espoirs de notre Terre.

Cette peur millénariste est devenue rationnelle, elle est étayée, fondée sur une connaissance objective de la situation. Elle nous imposerait de changer nos modes de vie et de consommation mais le mirage de la profusion est trop alléchant alors même que la vie des Hommes se rabougrie, dans le « désenchantement du monde » à l'éphémère possession du dernier colifichet. On veut rêver encore que tout s'arrangera comme dans les contes de fées. Et malheur à celui qui s'essaie à infléchir la trajectoire pour éviter ou retarder l'Abime. Celui-là est maudit. Il ne faut pas réveiller l'enfant qui rêve.

Cette peur s'enracine dans le terreau de nos schémas de pensée usés jusqu'à la trame mais par là si rassurants. Pour les uns, les individus ne seraient que des produits de leurs conditions sociales, totalement soumis à la fatalité de la naissance. Là, dans cette gauche traditionnelle aux relents d'un marxisme désuet, l'irresponsabilité de la personne est un dogme intangible, seule la société serait en cause.
Pour les autres, au contraire, la société ne serait que la somme des individus, eux-mêmes fauteurs de leur destin, libres maîtres de leurs choix, inventeurs des règles de leur vie. Bonheur et malheur ne seraient que le résultat des choix individuels, de la volonté et de la force de chacun. Là, dans cette droite libérale et positiviste, l'Homme est un héros solitaire, responsable de chaque incident de sa vie, de la fortune bonne ou mauvaise, de la maladie comme de la santé.

Ces anthropologies sommaires fondent le débat politique depuis plus de cinquante ans, elles définissent grossièrement la gauche et la droite. Pourtant, depuis longtemps, la réflexion sur l'Homme a dépassé ce schématisme. Déjà, la doctrine sociale de l'Eglise, inspirée par la réflexion pluri-millénaire d'esprits imposants a fondé les bases de cette tension féconde entre la société et l'individu, entre liberté et grâce.
Le « ni droite ni gauche » cher au président de la République s'enracine dans une conception qui rend à la l'Homme sa dignité en lui restituant sa responsabilité, mais fait de la société la source de la construction de la personne. On retrouve dans cette orientation du C Castoriadis comme du P Legendre, l'un d'extrême-gauche, l'autre de la droite traditionnelle, l'un mettant en avant l'imaginaire institué, l'autre la société comme Texte instituant. Et c'est cela qui trouble et dérange, qui déboussole les contempteurs d'E. Macron : une pensée fondée sur une anthropologie « et de droite et de gauche » qui se réclame de la solidarité la plus exigeante comme de la responsabilité de chacun sur sa vie.
Mais cet effort d'enracinement dans une vision nouvelle de l'Homme heurte trop vivement ces antagonismes qui nous sont si chers car balisant depuis tant d'années le bien et le mal, le bon et le mauvais, l'ami et l'ennemi.

Ces quelques phrases, écrites dans un train du dimanche matin m'amenant à mon travail, ne calmeront pas les gilets jaunes qui n'ont certainement rien à faire de mes propos. Ils visent seulement à donner à nos débats actuels leur juste place au-delà de l'écume des jours mais aussi de la fumée des incendies de voitures ou d'immeubles, des dégradations et des violences.
Nous pouvons construire les synthèses nouvelles, entre individualisme et socialisme, entre consommation et écologie, mais il faut désormais sortir du confort des idées toutes faites pour construire le monde habitable que nous devons à nos enfants. Récemment un homme complexe et déroutant, un homme de foi et de raison a dit aux catholiques comme à tous les humains, « N'ayez pas peur ». Jean Paul II avait raison, la peur mène aux pires excès."

14 commentaires :


Commentaire de Colibri

04/12/2018 12:19:16

Respect pour ce commentaire qui ne sera hélas pas lu par les gilets jaunes ( car trop long et trop intello) ,



Commentaire de Nostromo

04/12/2018 14:54:01

Un homme voulait se placer au dessus des autres, ni droite, ni gauche. C’est un véritable choc qui se voulait salvateur. Mais en regardant dans le détail, on s’aperçoit que cet homme qui voulait être au dessus de la mêlée, est en fait comme tous les autres, amoureux du pouvoir et voulant imposer ses valeurs et croyances.
Quelle est sa responsabilité sur les événements d’aujourd’hui, sur l’origine des violences qu’on subit ? Peut il assumer, comme il s’amusait à le scander ? Tout un peuple avait mis son espoir en lui, tel un messi. Quelle désillusion, et malgré son revirement, je ne suis pas



Commentaire de Superdeg

04/12/2018 17:59:42

Moi je demande que les retraités vivants à l'étranger paient la CSG plein pot déjà qu'ils ne paient pas d'impôt en France et de taxer les assurance vie mais quand on est mort on sent rien et donner 150 €uros par mois à tous les actifs et les retraités et relevé la quotient familial pour une part de 1800 €uros



Commentaire de !!!

04/12/2018 19:47:52

Bravo Mr Prieur bonne analyse mais trop compliquée pour beaucoup de gilets jaunes



Commentaire de Erwan Guichard

04/12/2018 19:51:01

Les gilets jaunes appellent en effet à des hausses de dépenses et à des baisses d'impôts, mais ce n'est pas nécessairement contradictoire car les impôts dans le viseur des gilets jaunes sont des impôts indirects: les taxes sur le carburant. Ces impôts sont dégressifs de fait: ils frappent plus lourdement ceux qui consomment une plus grande part de leur revenu, c'est-à-dire les plus modestes.

Accroître la fiscalité indirecte creuse ainsi les inégalités. En portant de telles mesures, M. Macron, quelles que soient ses inspirations philosophiques, ne dépasse pas le clivage droite-



Commentaire de Louna

04/12/2018 20:54:18

Bien d'accord avec Nostromo .....



Commentaire de Fleur

04/12/2018 22:01:57

@ !!! Pfiouuu moi je dirais que c'est encore un qui s'écoute parler, qui est bien documenté sur le projet Nesara/Gesara qui est loin comme Tous des problèmes Actuels des GJ que je suis.



Commentaire de Francis Prior

05/12/2018 10:00:06

Monsieur Erwan Guichard merci de me rappeler aux devoirs du débat. Ne voyez dans mon silence aucune désinvolture tout au plus une absence professionnelle.
Je crois très sincèrement, pour avoir lu et relu les Pères Fondateurs de notre Europe, que c'est bien le rejet des atrocités et des destructions de la guerre qui les ont conduits après la défaite du nazisme à ébaucher la construction de l'union européenne.
L'échec de la paix de Versailles, patent dès 1933/34 a amené toute une génération qui parvient au pouvoir après 1945 à reprendre le projet d'Aristide Briand d'une union fédérale déve



Commentaire de Erwan Guichard

05/12/2018 19:49:36

M. Prior, merci de cette réponse. Sans me répéter, je clarifie deux points:

1) La similitude que j'ai décrite entre l'Europe actuelle et celle envisagée par l'Allemagne wilhelmienne n'implique pas de lien de causalité. Je pense au contraire qu'elle est accidentelle. Il s'agissait d'ironiser sur les effets de la construction européenne et surtout de la monnaie unique.

2) Mon focus était sur les différentes cultures politiques nationales, pas sur la diversité des pensées individuelles ni sur les autres dimensions de la culture. On peut, par exemple, voir un lien intellectu



Commentaire de brugiere

09/12/2018 12:46:57

Il n'est pas vrai que la paix était la demande majeure des Pères fondateurs. L'Europe, exsangue après ses 2 Guerres ne voulait plus entendre parler de Guerre et les Pacifistes ( dont étaient Laval et Briand ) étaient la majorité du pays. Et je les comprends.
Par ailleurs, cette Europe était l'Europe des nations ( sauf pour Monnet, trop proche des Américains, peut être, mais il se gardait bien de le dire). Il fallut attendre Maastricht et puis Chirac et tout le reste ( et tous les mensonges possibles, comme le système de surveillance aux frontières de lUE. alors que strictement rien n'exist



Commentaire de Nostromo

09/12/2018 14:03:02

Essayons de regarder un peu plus loin que le bout de son nez et sa petite personne. Les impôts et cotisations servent aussi à chacun de se soigner (serions nous capables de payer notre traitement si nous avons un cancer ?). Les actifs sont solidaires des inactifs, les biens portants sont solidaires des malades, les jeunes sont solidaires des vieux, les pays riches sont solidaires des pays pauvres ... ou chacun pour soi ? Jusqu’au jour où nous aurons besoin de notre voisin ?



Commentaire de Un pavé peut-être?

09/12/2018 15:01:49

Hier, vous avez reçu un pavé sur la tête Nostromo? D'un commentaire à l'autre, vous dîtes tout et son contraire. Mais très bien si ce pavé vous a rendu votre lucidité.



Commentaire de Nostromo

09/12/2018 18:18:21

Pas de pavé mais peut-être que je me suis mal expliqué. Effectivement les taxes impôts et cotisations sont indispensables si nous désirons garder une protection sociale et des services publics.
Par contre chacun doit participer avec ses moyens, les « très riches » doivent aussi participer, les optimisations fiscales ne doivent pas servir à se défausser, l’oisiveté choisie ne doit pas ouvrir de droit et notre ami président doit écouter son peuple.
Je ne pense pas que les Gj ne veulent pas ne pas payer d’impôts mais revoir un partage équitable des charges. La violence ne réglera rien.



Commentaire de brugiere jean

28/12/2018 18:03:01

Cela ne m’arrive pas souvent de reprendre des énoncés. Mais celui de m prior que je ne connais pas, ne me semble pas juste.
1-
Dire des GJ qu’ils « sont sincères » me semble un mot mal choisi. et malheureux.
On ne peut pas nier la sincérité des GJ. Qui irait manifester et recevoir des gaz la crymo comme à Paris, s’il n’était pas sincère. Je ne parle pas des Casseurs car je crois qu’ils ne sont pas des GJ .
Les casseurs sont des gauchistes du type ZAD qui viennent en découdre en abandonnant leurs cabanes de ND des Landes ( à propos, pourquoi existent ils enc



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